exposition de mes peintures, des photos de mes voyages, mes impressions, ce que jai pu faire en théâtre avec des personnes handicapées,mes stages de clown.
Journal de bord:
Premières séances d'art-thérapie théâtre au Bois Perrin.
Nous avons repris nos ateliers d'art-thérapie au centre de pédopsychiatrie du Bois Perrin à Rennes depuis le 17 octobre. Les séances ont lieu tous les vendredis matins pendant 1h30. Nous téléphonons la veille au centre afin de savoir combien de patients viendront , ainsi qu'une brève anamnèse de ceux-ci, afin de mieux élaborer nos exercices d'expressions théâtrales. Lors de notre première séance, nous avons eu la surprise de ne voir qu'un seul patient dans l'atelier alors qu'on nous en avait annoncé 5 voire 6. Nous avons dû insister pour que l'indication d'art-thérapie soit posée la veille et que nous en soyons tenus informés pour que nos séances d'art-thérapie soient cohérentes et adaptées.
1ère séance:
L. est une jeune fille qui a des troubles du comportement ( violences verbales envers certains membres de sa famille d'accueil). Ell est plutôt sceptique quand nous lui parlons d'expressions théâtrales: elle a déjà fait du théâtre et semble n'avoir guère apprécié cette expérience et nous lance « le théâtre, ça sert à rien ». Nous lui expliquons en quoi va consister la séance ainsi que les règles à suivre dans le cadre art-thérapeutique; ces règles sont:
Le respect du cadre, du thérapeute et du co-thérapeute.
Le respect de soi, de ses limites corporelles et psychiques, ainsi que le respect du partenaire, des limites de celui-ci.
L'écoute de soi et de l'autre.
Pas de passage à l'acte.
Voici l'organisation de la séance:
Hypnose colombienne ( suivre la main de l'autre; exercice demandant de se concentrer, de prendre soin de son partenaire et de soi-même).
Le combat imaginaire ( comme sur un ring, on se frappe sans porter les coups; mais on les bruite, on chute en bruitant également; c'est un bon échauffement physique qui demande de la concentration, de la maîttrise
Statue simple ( face à face, on mime exactement les émotions de l'autre ).
Statue opposée ( face à face, on mime les émotions contraires de son partenaire).
Galerie de portrait: face au mur, l'acteur fait un pas et doit mimer, prendre la posture d'un personnage donné ( un vieillard, un bébé, un maître d'école, ect..)
L'attente: l'acteur entre dans une salle d'attente; la personne devant la recevoir est en retard. Le but n'est pas de parler mais juste d'attendre; puis nous demandons une autre version de cette attente où l'acteur peut parler, ou grommeler, et doit improviser autour de ce thème: cela l'énerve? Il patiente tranquillement...toutes les possibilités sont acceptables.
Pour réussir à mettre L. en confiance et à l'aise, nous prenons le parti de faire certains exercices avec elle. Par exemple, lors de l'hypnose colombienne, si elle a suivi notre main, nous avons également suivi la sienne et ce fut le cas pour les statues. Cela a eu pour effet de la faire sourire, de se détendre et de se rassurer. L'hypnose colombienne lui permet de se concentrer et de se recentrer également. Lorsque nous nous battons « imaginairement », elle se laisse complètement aller: Si au début, elle n'utilisait que les poings et les coups de pied, elle finit par utiliser des objets ( chaises, balais, cartons..).
Cependant, elle maîtrise ses gestes et par là même symbolise son agressivité tout en la laissant s'exprimer librement. Lors des jeux du miroir simple et opposé que nous faisons tour à tour, nous percevons sa tendance à l'extrapolation; elle se montre incapable d'exprimer simplement des émotions: il faut qu'elle théâtralise tout, qu'elle aille plus loin que les indications de départ. Pour tous les jeux de mimes, elle ressent le besoin de verbaliser ce qu'elle fait, de s'appuyer sur des objets qui se trouvent dans la pièce ce qui montre qu'il n'y a pas de réel lâcher-prise. Dans les jeux d'improvisation sur l'attente, elle ne se donne que des rôles d'hommes ( Mr Guihard), peut être pour leur pouvoir et leur puissance, la femme étant trop faible?
Ce jour-là, nous n'avons pas pu écrire de saynette sous la forme du cadavre exquis, car la séance avait commencé avec une demi-heure de retard, dû à un entretien avec le pédiatre.
Elle a, par contre, exprimé elle-même le plaisir procuré par cette séance d'art-thérapie et s'est dit prête à revenir la semaine d'après « si je suis toujours là » at-elle précisé.
Au vu de cette séance, nous avons pu remarquer que L. s'accroche trop à la réalité pour se laisser aller dans son imaginaire; qu'elle pouvait être débordante, mais qu'elle respectait le cadre et son partenaire, qu'elle a du mal à mimer des émotions simples. Ceci dit, vu qu'elle a des difficultés au sein des groupes, il nous a semblé cohérent qu'elle commence seule avec le thérapeute avec qui elle a pu établir une relation de confiance.
2ème séance:
Pour cette deuxième séance, L. est là ainsi q'un autre enfant, B.. B. s'est présenté à nous de manière tout à fait inappropriée. Lorsque nous allons vers lui pour lui serrer la main, il nous répond qu'il ne peut pas car il vient de « se toucher le zizi ». Nous lui demandons d'aller se laver les mains afin de pouvoir commencer la séance. L., quant à elle, est contente de venir même si elle nous dit qu'elle « n'aime pas ce garçon ». Nous lui conseillons alors de faire abstraction de son aversion, puisque B. sera un personnage.
Nous expliquons en quoi va consister la séance du jour ainsi que les règles à observer dans le cadre art-thérapeutique.
Déroulement de la séance:
Occupation de l'espace: chacun doit prendre son chemin en marchant tranquillement et en faisant attention aux autres promeneurs. Puis nous introduisons petit à petit des instructions telles que: à 1, vous marchez beaucoup plus vite; à 2, on se fige dans le mouvement qu'on était en train d'effectuer; à 3, on marche le plus lentement possible en décomposant chaque mouvement... Pour cela, il faut être concentré et cela permet aussi de s'échauffer physiquement.
Combat en aveugle: l'un en face de l'autre avec suffisamment d'espace, chacun porte un bandeau sur les yeux. Le but est de toucher l'autre le premier. Fait appel non seulement à la concentration mais aussi à l'utilisation d'autres sens que le visuel.
La marionnette à fil (sans toucher son partenaire). ( concentration, respect du partenaire, écoute de soi et de l'autre).
Mimer chacun 5 métiers.
Courte saynette sur un conflit: nous sommes dans le métro, une personne entre, elle est enceinte ou handicapée; elle demande à une autre personne de lui laisser la place qu'elle occupe, mais celle-ci refuse. ( travail sur le conflit et de la gestion de celui-ci).
Écriture d'une courte saynette sous la forme de cadavre exquis.
Illustration de celle-ci.
La première difficulté lors de cette séance a été que B. refuse catégoriquement de toucher l'autre adolescente. Il n'accepte le contact physique qu'avec le thérapeute et le cothérapeute ( tous 2 des femmes). Nous nous sommes adaptés à cette situation en acceptant de jouer avec lui. Cependant, contrairement à nos craintes, il n'y a eu aucune manifestation pulsionnelles de sa part. Il nous a fallu le recadrer à plusieurs reprises car il peut être très volatile. Cependant il a respecté les thérapeutes et l'adolescente présentes ce jour-là. Lors du jeu de la marionnette à fil, il a su faire attention à son partenaire ( L.) tout comme il a accepté que L. soit le marionnettiste même s'il a eu un court moment d'opposition. Par contre, durant la scène du conflit entre la personne assise et la personne handicapée, B. ne parveint pas à prendre le dessus, reste un peu amorphe et peu convaincant, ceci pouvant s'expliquer peut être par sa difficulté à bien s'exprimer. Il a montré un certaine impatience au moment de l'écriture de la saynette, demandant quand ce serait fini. Il n'a pas voulu laisser d'illustration pour la saynette: il a fini par déchirer celle-ci et la mettre à la poubelle.
Nous avons pu remarquer que B. se dévalorise facilement, que son imaginaire est particulièrement inhibé, qu'il manque de concentration. Cependant, il a pris beaucoup de plaisir à jouer.
L., quant à elle, se sentant en sécurité et en confiance, se montre généreuse. Elle se laisse plus aller que la première fois, improvise facilement. Lors de l'improvisation sur le conflit, elle avait quasiment une voix d'homme, s'est battu avec l'autre personnage ( le thérapeute en l'occurrence) sans pour autant passer à l'acte. Elle a eu un bref moment d'opposition au moment de passer à l'écriture mais a su s'investir dans la saynette et s'en est beaucoup amusée. Elle par ailleurs proposé de faire l'illustration de la saynette avec un média de son choix: la peinture. Elle était très concentrée et minutieuse. L. s'est dite fière de sa peinture.
Nous avons remarqué que L. ,dans le cadre sécurisant de l'atelier, a pu exprimer son agressivité sans débordement, et a su aussi se laisser aller dans son imaginaire, s'accrochant moins au réel.
Le co-thérapeute me fit part de sa peur lors du duo que nous avions joué, L. et nous. En effet, celui-ci a pensé que L. finirai par me frapper réellement. C'est en effet un risque que nous avons pris, mais il s'agit tout de même d'un risque calculé, puisque nous restons vigilents, en éveil et surtout nous sommes à l'écoute de l'autre ( écoute sonore ainsi qu'écoute psychique).
3ème séance:
Trois nouveaux enfants se présentent à l'atelier: S., que nous connaissons déjà, puisqu'elle a fait quelques déances d'art-thérapie lors de notre précédent stage, M. une jeune fille qui souffre d'une grande carence affective et dit entendre des voix et J. un jeune garçon qui soufffre de toubles du comportement.
S. ne veut pas venir; mais en discutant avec elle, nous finissons par la persuader de monter dans l'atelier d'art-thérapie. M. est plutôt enthousiaste tandis que J. est complètement figé dans un visage sans expression.
Déroulement de la séance:
Occupation de l'espace.
La machine infernale: en cercle, on se passe un mouvement ou une rythmique, puis lorsque celui-ci a fait le tour, on en introduit un deuxième puis un troisème tout en gardant les précédents mouvements ( concentration, écoute.).
Objets à usages multiples: on donne à l'acteur un objet du quotidien auquel il doit trouver des fonctions différentes et ce sans temps de réflexion et le plus rapidement possible ( travailler l'imaginaire).
Le musée émotionnel: le groupe marche de manière neutre; le thérapeute propose une émotion et à son top, chaque membre du groupe devra se déplacer en vivant cette émotion, au deuxième top, ceux-ci devront se figer dans l'expression de cette même émotion, et ainsi de suite. ( vivre corporellement une émotion, l'exprimer.)
La veste: on met un chaise au centre de la scène; l'acteur entre et doit mettre une veste ( qu'il doit mimer puisqu'elle n'est pas sur la chaise); il devra une première fois mettre cette veste en nous montrant qu'il aime cette veste; une deuxième fois en nous montrant qu'il la déteste puis une troisième fois en nous montrant qu'il est pressé.
Le traducteur: en duo: un raconte une histoire en grommelot et l'autre traduit cette histoire. ( écoute de l'autre, de soi, rencontre de deux univers, de deux imaginaires, entrer dans son imaginaire).
Ecriture de la saynette sous forme de cardavre exquis.
Illsutration de la saynette.
S. rejettera presque tous les jeux proposés sauf, l'occupation de l'espace, la veste et l'écriture de la saynette ( même s'il a fallu la stimuler pour cela). S. reste dans le même schéma que l'année précédente: est dans l'opposition, parfois la provocation. Se refuse d'admettre qu'elle prend du plaisir à jouer alors même que nous pouvons le sentir et le voir. Elle se dévalorise sans cesse et ne se donne pas les moyens de réussir. Le seul jeu qu'elle ait accepté de faire jusqu'au bout fût l'écriture ( peut être était-ce plus rassurant pour elle? L'expression théâtrale étant trop de dévoilement possible pour elle? ). Le sujet de la saynette, qu'elle a écrite en collaboration avec le co-thérapeute et le thérapeute ( en effet, les deux autres enfants ayant un rendez-vous pour un ECG ne pouvaient rester jusqu'au bout de la séance.) était « ne rien faire », soit ce qu'elle n'a cessé de nous dire durant la séance. Lors de l'illusatrtion que nous avons également élaboré à trois, elle se dessine dans un hamac, puis au moment de faire son visage, commence par se dessiner souriante avant d'effacer son visage qui restera sans expressions puisqu'elle ne se donne même pas la peine de se mettre un nez, une bouche...Ce qui laisse penser qu'elle prend du plaisir mais qu'elle se le refuse.
M. s'investit tout de suite dans les jeux qui lui sont proposés; cependant, elle a une forte tendance à la théâtralisation, restant dans des expressions d'émotions très superficielles, ce qui nous montre qu'il n'y a que peu de lâcher-prise. Elle a du mal à se concentrer et reste très accolée à la réalité: au jeu des objets à usages multiples, alors que nous lui donnons un balai, elle ne lui donne pour fonction que des objets qui sont à portée de ses yeux ( lavabo, chaise, table...), puis au fur et à mesure réussit à pénétrer dans son imaginaire; de nouvelles fonctions apparaissent telles que l'électricité, la pizza... On peut dire qu'elle garde le contrôle de son environnement et de son psychisme de sorte qu'elle donne l'impression d'avoir un imaginaire assez pauvre. De plus, elle se montre vite débordante, allant au-delà des demandes du jeu proposé.
J. n'exprime aucune émotion; son visage reste figé dans une espèce de torpeur perpétuelle et son corps semble quasi hypotonique. Cependant, il se révèlera étonnant dans le « fou rire » proposé en tant qu'émotion par le thérapeute: en effet, celui-ci s'est littéralement roulé par terre en se tordant de rire. Alors même que toutes les émotions proposées entre temps étaient inexprimées,J. arborant ce même regard lointain et vide pour toutes les propositions. Il y a beaucoup de mimétisme chez J.. Surtout lors du jeu du traducteur où il reprend ce que M. avait dit précédemment. Il ne parviendra pas non plus à donner une autre fonction à un verre que lui avait donné le thérapeute ce qui nous laisse à penser que son accès à l'imaginaire est bloqué voire complètement inhibé.
4ème séance:
Deux jeunes filles sont présentes: M. que nous avions vue la séance précédente et G. qui est en léger retard puisqu'elle est en entretien avec son ancienne éducatrice. Lorsque celle-ci arrive dans l'atelier, elle le visage fermé et une expression de colère intense qu'elle semble contenir tant bien que mal.
G. refuse toute la séance de participer à quelque jeu que ce soit. Pourtant, elle s'est montrée particulièrement attentive au moment de l'improvisation sur le conflit mère/fils et père/fille.
Déroulement de la séance:
Occupation de l'espace.
La ronde rythmique: cela ressemble à la machine infernale sauf qu'on ne garde pas les premiers mouvements.
Mon rêve, c'est...: c'est un exercice de clown. ON dit « mon rêve, c'est...et on rajoute ce que l'n souhaite sans réflexion et sans temps mort ( il s'agit ici d'entrer dans son imaginaire en partant du rêve).
La fausse accusation: en duo, l'un accuse l'autre de quelque chose; l'autre doit accepter cette accusation, même si elle est incroyable, se justifier et se défendre. Une fois terminé, on intervertit les rôles. ( improvisation autour d'un conflit qui est rocambolesque;lâcher-prise; gestion de ce conflit)
Histoire d'un conflit: cette fois-là il s'agissait de deux conflits: celui d'une mère avec son fils puis d'un père avec sa fille ( comment gérer le conflit, comment résoudre le conflit).
Écriture d'une saynette sous forme de cadavre exquis.
Illustration de celle-ci.
M. est très enthousiaste et cétait peut être dû à sa sortie annoncée pour le jour même. Elle continue de garder le contrôle refusant par là même d'entrer pleinement dans son imaginaire. Elle se dévalorise beaucoup, notamment dans le jeu « mon rêve, c'est.. » au cours duquel elle dit « mon rêve, c'est dêtre une poubelle, du papier toilette, le trou des toilettes...Dans les improvisations sur la fausse accusation, elle dit se sentir plus à l'aise dans un rôle de défense que d'accusateur et cela s'était senti sur la scène. Puis lors des improvisations sur le conflit parent/enfant se montre incapable de résoudre le conflit allant même, alors qu'elle est la « mère », jusqu'à pousser le conflit dans une impasse. Après cette improvisation, elle nous demande pourquoi il faut résoudre le conflit, à quoi nous lui répondons qu'il est important de restaurer le dialogue pour mieux comprendre l'autre et soi-même aussi ains que pour pouvoir rester à l'écoute de l'autre et de soi-même. Elle a alors dit qu'elle allait y réfléchir. Ensuite, est venu le temps de l'écriture, temps qu'elle refuse au départ puis dans laquelle elle s'investit avec plaisir. Le thème qu'elle a donné à la saynette est « la mort », thème qui lui est cher, puisqu'elle a perdu voici peu de temps une amie. Elle nous avoue s'être amusée et être beaucoup plus détendue, ce qui se voit sur son visage souriant et son regard animé.
Conclusion:
Il n'est pas simple de mettre en confiance les jeunes du centre e pédopsychiatrie et de faire en sorte qu'ils se sentent en sécurité avec nous dans notre cadre art-thérapeutique, dans le sens où nous ne les voyons peu ( parfois jsute une séance). C'est pour cela que nous est venu l'idée de jouer nous aussi, de prendre des risques; nous nous sommes dit que si ces jeunes en souffrance s'apercevaient qu'ils ne sont pas les seuls à se risquer sur le terrain de l'imaginaire, des émotions, nous pourrions plus facilement établir une relation de confiance et sécurisante. Cela n'empêche pas une écoute bienveillante puisque le théâtre est écoute: écoute de l'autre, de soi, respect de l'autre et de soi. Il nous arrive aussi, malgré le fait que nous ayons préparé notre séance la veille, de changer certains jeux du fait de la dynamique du groupe ou des différentes personnalités présentes ce jour-là. Il nous semble important de pouvoir avec une bonne banque de jeux théâtraux de pouvoir rebondir sur ce qui se passe sous nos yeux et de réadapter nos jeux en fonction de cela.
Stéphanie carvalho
3ème année, cursus par correspondance.
méthode Boal pour acteurs et non-acteurs, Augusto Boal.