Overblog Tous les blogs Top blogs Beauté, Santé & Remise en forme Tous les blogs Beauté, Santé & Remise en forme
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

exposition de mes peintures, des photos de mes voyages, mes impressions, ce que jai pu faire en théâtre avec des personnes handicapées,mes stages de clown.

Publicité

surprise, dévéloppement de l'enfant et art-thérapie

 

Journal de bord:

La surprise.

 

Pour travailler ce sujet, nous nous sommes appuyés sur le livre de Daniel Marcelli, « La surprise, chatouille de l'âme ». Nous ne reprendrons pas l'ordre de son livre. Nous préférons l'aborder directement en lien avec les idées de Winnicott ( en lien également avec Lacan et Anzieu) , puis nous prendrons en compte la notion du temps, ensuite nous l'articulerons autour de l'analyse psychanalytique et de l'art-thérapie, en particulier en rapport avec les ateliers d'expressions théâtrales que nous menons actuellement au Bois Perrin.

 

Les jeux: Winnicott:

Daniel Marcelli nous parle avant tout des jeux de chatouilles, de surprise ( la petite bête qui monte qui monte) qui représentent tout à fait le type de jeux interactifs auxquels s'adonnent la plupart des mères avec leur enfant.

Parlons du jeu de la bobine décrit par Freud: dans celui-ci nulle surprise, le « fort-da » est immuable et il est là en tant que symbolisant le manque et la présence de la mère. Nous sommes là dans un jeu qui est fait pour maîtriser la situation d'absence à laquelle l'enfant doit faire face. Jeu qui se joue seul...Si par contre, nous prenons pour exemple le jeu de la spatule de Winnicott, il en est tout autrement: il s'agit bien là d'un jeu de suprise sur « fond de présences »: « ...Chez un plus jeune enfant installé sur les genoux de sa mère. L'enfant lance gaiement une spatule et se réjouit de voir sa mère la lui rendre, pour la relancer aussitôt: mère et enfant se regardent, regardent la spatule ( objet-tiers) et se surprennent parfois d'un sourire quand l'un ne fait pas ce que l'autre attend. »

Rappelons que pour Winnicott, le jeu est au centre de la créativité, mais pas seulement par le jeu, l'enfant va éprouver ses limites corporels; vont aussi s'élaborer le Soi et Non-Soi. Le jeu est un acte spontané et en cela il échappe à l'emprise. La surprise est le ressort essentiel du jeu; d'ailleurs selon Winnicott, celle-ci « préside à sa valeur créatrice ». Et nous pouvons même en conclure que la surprise provient du Réel lacanien qui est lui-même le creuset de la créativité.En effet, dans le jeu s'ouvre l'espace potentiel, l'espace même de la créativité. Cette aire intermédiaire n'est ni dehors ni dedans; celle-ci est au départ une aire commune à la mère et à l'enfant qui jouent ensemble; puis avec l'objet transitionnel, l'enfant prend plus d'autonomie au sein de cette aire intermédiaire. L'objet transitionnel est l'objet, choisi par l'enfant, qui lui permet de pallier l'absence de la mère qui doit accepter de laisser son enfant seul. Ceci est important, car dans les jeux de surprises, ce n'est pas le manque qui est en jeu c'est le manquement: la mère pouvant faire défaut dans le sens où elle n'est pas là où l'enfant l'attend mais juste à côté. Ces jeux de surprise permettent non seulement la différenciation Soi/Non-Soi, mais aussi de « défusionner » la relation mère enfant, de se défaire de l'emprise. Daniel Marcelli, à ce sujet, dit: « quand la mère surprend et trompe son enfant, elle lui dévoile un coin de sa jouissance et elle prend le risque de voir un tiers s'installer entre eux, mais c'est ce tiers qui les libérera de la symbiose et de l'emprise . » Ce tiers, c'est l'autre de la mère, celui auquel elle pense en regardant son bébé, celui-ci n'en étant que l'incomplète reproduction.

Accepter la surprise, c'est accepter la rencontre; toute rencontre est source de surprise. On peut donc dire que la surprise est au coeur de toutes relations humaines. Lacan va plus loin: « ce qui est foncièrement en jeu dans la surprise, c'est la rencontre avec la castration. » En effet, puisque la mère, dans ces jeux, introduit le manquement ( la mère faisant défaut), la castration est alors elle aussi présente; les manquements de la mère seront autant de castrations que l'enfant pourra supporter grâce aux effets de la surprise. On peut penser que cela peut être très angoissant pour l'enfant. Cependant, il ne faut pas oublier que la mère après avoir créé la surprise, rit avec son bébé puis le prend dans ses bras et l'embrasse: ceci donnant à l'enfant le sentiment de sécurité dont il a besoin et permettant une réduction de l'excitation. «  La surprise est la matrice de la capacité à tolérer la frsutration au plan pulsionnel et à tolérer l'incertitude au plan cognitif. »

Daniel Marcelli dégage trois types de comportement face à l'irruption de la surprise:

« - Ceux qui veulent combler l'écart en le remplaçant par un souvenir, une théorie connue. Ils préfèrent voir le même plustôt que la différence....Ils chassent la surprise pour mieux l'éliminer.

  • Ceux qui creusent l'écart comme on fouille un chantier archéologique à la recherche de l'inconnu, du différent....Ils chassent la surprise pour mieux l'attraper.

  • Ceux qui, toujours insatisfaits, vont de l'un à l'autre, font le va-et-vient: rassurés par la similitude mais pas comblés, attirés par la divergence mais pas dupes....Ils aiment la chasse mais savent qu'on attrape plus souvent des chimères que du gibier.. »

Autre chose, si ces jeux participent à l'élaboration des limites de l'enfant, les sons proférés par la mère alors qu'elle chatouille ou qu'elle fait sauter son enfant sur ses genoux, permettent aussi à l'enveloppe sonore de se développer et par là même au renforcement du Moi-peau.

Le fait que ces jeux introduisent un écart entre soi et l'autre permet le développement de la communication bien sûr, mais aussi la capacité de se mettre à la place d'autrui, de lui attribuer des pensées, des intentions et d'inventer un dialogue imaginaire ( théorie de l'esprit): et là nous parlons des jeux de « faire-semblant » ou « comme si ».

 

La surprise et le temps:

l'auteur nous dit: «  il n' y a pas de surprise sans investissement au temps, à la temporalité. Plus que cela, la surprise ouvrirait la boucel de temps circulaire pour livrer le sujet à la douloureuse perception du temps linéaire. »

Avant de parler du temps circulaire et du temps linéaire, nous allons suivre D. Marcelli sur le chemin du rythme. Les jeux interactifs maman/bébé introduisent le rythme; sans la surprise, celui-ci ne serait pas! Il fait le lien entre continuité et rupture, entre ce qu'il y avait avant, ce qu'il y a maintenant. Le rythme est attente, rupture, coupure avec une habitude. Le rythme s'inscrit dans le langage et lui donne sens. Notons comme le dit D. Marcelli que « ce n'est pas l'absence mais sur l'alternance de présence et d'absence que les prémisses de la pensée peuvent s'étayer. L'alternance crée les conditions d'une attente qui nécessite une présence préalable ». Par le jeu et le manquement ( la mère suffisamment bonne de Winnicott donc), la mère introduit, l'attente, l'alternance et par là même une poncutation à l'écoulement du temps. En effet, l'enfant, par les attentions apportées par la mère suffisamment bonne, est aux prises avec le temps circulaire: temps de la répétition, sécurisant et stable. La surprise va ouvrir cette circularité du temps pour inscrire l'enfant dans le temps linéaire. Elle va ébrécher le cercle des habitudes et de la répétition pour ouvrir sur l'incertitude; mais comme nous savons que pas de surprise sans un autre qui fait intrusion et c'est autre intrusif qui va par la biais de la surprise ouvrir au temps circulaire. Ceci va renforcer la capacité d'attention et plus tard d'apprentissage de l'enfant, mais pas seulement. Il va aussi lui permettre de développer sa capacité d'anticipation. Anticipation qui est d'abord présente chez la mère lorsqu'elle apporte ses soins au bébé, puis chez celui-ci. « Quoi qu'il en soit, les deux points à partir desquels l'activité de penser symbolique peut se développer sont, d'une part, la répétition et la régularité des expériences ( temps circulaire), d'autre part, la capacité très précoce du bébé à anticiper l'avenir immédiat.. » C'est dans les jeux de surprise avec la mère que cette anticipation va pouvoir le mieux se développer. En effet, l'attente de l'évènement va être ce qui excitera le plus l'enfant au fur et à mesure de l'élaboration de ces jeux. L'enfant, durant cette attente, va tenter de trouver des indices de cet événement dans son environnement.

 

La surprise dans nos ateliers:

Dans le cabinet du psychanalyste ou dans nos ateliers d'art-thérapie, le cadre, c'est à dire le jour, les heures, les règles, reprend les conditions archaïques du temps circulaire, temps sécurisant et stable. Mais la surprise n'en est pas pour autant absente. Que ce soit le psychanalyste ou l'art-thérapeute qui soit surpris ou le patient d'ailleurs. Ces moments de surprise vont donner un rythme aux consultations ou aux ateliers d'art-thérapie. La surprise est rencontre et toute rencontre est surprise. ET qu'est-ce qu'une analyse ou la participation à un atelier d'art-thérapie si ce n'est une rencontre? Reik écrit: « je qualifie de surprenant un fait qu'on a inconsciemment attendu et que l'on rencontre à un moment inattendu ou dans des circonstances inattendues. » Plus loin, «  pour que la surprise advienne, le sujet doit renoncer à la maîtrise de soi. » Dans nos ateliers d'art-thérapie, dont les médias utilisés sont les expressions théâtrales et l'écriture par le cadavre exquis , la surprise survient de temps en temps. Tout comme dans le squiggle de Winnicott, au cours duquel une forme se dessine subitement en rapport avec la problématique du sujet, lorsque nous élaborons nos cadavres exquis, il est arrivé que des enfant y expriment des points ou des morceaux de leur problématique. D'autant qu'avec le cadavre exquis, la surprise est toujours présente: nous n'avons nul part où nous raccrocher puisqu'on ne sait pas ce que le précédent a écrit ni ce que le suivant pourra écrire. La surprise survient surtout au moment de la lecture du texte ainsi écrit; texte qui est rencontre d'imaginaires différents, des inconscients de chaque participant. On n'a pas de maîtrise de ce qui sera écrit dans le cadavre exquis, or comme il a été dit plus ahut «  pour que la surprise adviennes, le sujetdoit renoncer à la maîtrise de soi ». Le cadavre exquis induit l'attente: l'attente d'écrire, l'attente de la découverte de ce texte saugrenu. On tente d'anticiper ce que l'autre a bien pu écrire, mais c'est peine perdue: la surprise est au rendez-vous.

Que dire de la surprise lors des improvisations? « Improvvisare » en italien vient de « improvviso » qui signifie « qui arrive de manière inattendue ». Si l'acteur accepte de se laisser-aller, il pourra réellement improviser, c'est à dire aller à la rencontre de l'inattendu, de la surprise; surprise du geste, du mot, du mouvement ou encore de l'émotion. Et nous ne parlons pas que de l'inattendu de soi-même mais aussi l'inattendu de la rencontre avec l'autre acteur. Dans l'improvisation en duo par exemple, les deux imaginaires se rejoignent, se nourissent l'un de l'autre et construisent ensembke une histoire qui avance au gré des rebondissements inattendus de la parole proférée ou du geste fait. On ne sait pas ce que l'autre va dire ou faire et du coup on ne sait pas exactement ce que nous allons dire ou faire. C'est toute la magie de la rencontre dans l'improvisation. L'art-thérapeute lui aussi peut être surpris. Nous nous rappelons une fin de séance durant laquelle L. n'avait été que spectatrice. Elle se plaignait de maux de ventre. Alors qu'elle se lève pour partir elle me dit que son week end ne sera pas bon parce qu'elle ne va pas chez ses parents. Quelle ne fût notre surprise de nous entendre dire «  d'où les maus de ventre? » La jeune fille aussi a été surprise par cette phrase et a voulu se défendre en disant qu'elle ne faisait pas semblant. Ce à quoi nous avons répondu que nous n'avions pas songé à cela. L. est repartie en souriant et nous remerciant de cette fin de séance. Ce partage n'aurait probablement pas eu lieu si cet inattendu n'était pas survenu. On peut voir la surprise « comme fondatrice de la rencontre entre la clinique et le patient. » D; Marcelli nous dit que cet instant de surprise peut être bénéfique au patient que si on ne le théorise pas. Se cacher derrière sa théorie, c'est refuser de se laisser surprendre , de se surprendre soi-même et refuser dans la même foulée la rencontre avec l'autre.

Puisque nous sommes, nous mêmes, confrontés à la création, nous sommes à même d'accueillir l'inattendu. En effet, prenons l'exemple de la peinture, lorsque nous peignons, malgré une idée de départ, nous pouvons être surpris par le résultat de notre production. Que de fois, là assis devant notre chevalet, n'avons-nous pas été surpris de de tableau fini et qui n'a pas grand-chose à voir avec l'idée que nous avions au départ? Car toute création est rencontre possible avec l'inattendu, puisqu'au moment de créer, les barrières tombent, le temps semble être suspendu, on ne sait plus très bien où l'on est et à notre « éveil », nous voici étonnée par notre création.

Comme nous avons pu le voir, la surprise est essentielle dans le développement de l'enfant, en ceci qu'elle permet la différenciation Soi/Non-Soi, la pensée symbolique, le passage du temps circulaire au temps linéaire... Elle est par ailleurs très présente dans nos ateliers d'art-thérapie et nous permettent d'aller à la rencontre du patient au sein d'une alliance thérapeutique. Laisser entrer la surprise dans nos ateliers, c'est recréer les conditions ddes jeux interactifs maman/bébé.

 

Stéphanie Carvalho.

4ème année, cursus par correspondance.

 

« La surprise, chatouille de l'âme », Daniel Marcelli.

« Du divan à la scène, dans quelle pièce je joue », Serge J. Minet.

« Le Moi-Peau », Didier Anzieu.

Www.champlacanienfrance.net.

 

 

 

 

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
L
Bonjour,<br /> <br /> Quel Bonheur de vous lire !<br /> <br /> Je suis en Master 2 de Dramathérapie et j'effectue mon sujet sur le macrorythme et le microrythme. J'ai eu un mal fou à suivre la progression de Marcelli. Votre article est très synthétique et clair, je repars sur de bonne bases.<br /> <br /> Merci à vous. <br /> <br /> Lola.
Répondre
L
Bonjour,<br /> Je vous remercie Lola. Je suis actuellement art-thérapeute théâtre et écriture à Rennes. Et je ne me lasse pas de cette pratique. Je vous souhaite plein de surprises et de créativité en dramathérapie!<br /> Stéphanie